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Pablo Correa, l'homme qui aimait Nancy et ceux qui n'ont jamais aimé le football

Il a sauvé le club, l'a fait rêver en Europe, l'a ramené du purgatoire du National. Ce samedi soir contre Dunkerque, Pablo Correa vivra son dernier match sur le banc de l'ASNL, non pas parce qu'il a échoué, mais parce que des actionnaires qui n'ont jamais compris ce sport en ont décidé ainsi.

Il y a des histoires qui auraient pu, qui auraient dû, se terminer autrement. L'histoire de Pablo Correa et de l'AS Nancy Lorraine en est une. Ce samedi soir, au stade Marcel Picot, le technicien uruguayen raccrochera son tablier pour la troisième (et peut-être définitive) fois. Pas sanctionné par les résultats. Pas usé par le vestiaire. Simplement ignoré par des dirigeants qui n'ont jamais su reconnaître ce qu'ils avaient entre les mains.


Un homme, un club, une ville

Pour comprendre ce que représente Pablo Correa, il faut remonter à 1995. L'Uruguayen arrive à Nancy comme joueur, et n'en repartira jamais. Il fait de cette ville lorraine sa maison, de ce club sa raison d'être. À une époque où les footballeurs sont des oiseaux migrateurs, lui choisit de poser ses valises définitivement. Nancy est devenue sienne. Il en parle, il en vit, il la respire.

En novembre 2002, le voilà qui prend les rênes d'une équipe sur le fil. Il sauve le club d'une descente en National qui semblait inévitable. Deux ans plus tard, en 2004-2005, il construit le groupe qui conquiert la Ligue 1. Et la saison suivante, celle de tous les souvenirs, l'ASNL fait trembler les grands d'Europe après une épopée en Coupe de la Ligue qui culminera le 22 avril 2006 : victoire contre Nice, ticket pour la Coupe d'Europe, des milliers de Nancéiens en liesse. C'est lui. C'est son groupe. C'est sa philosophie.

Son génie, ce n'est pas seulement la tactique ou les résultats. C'est la lecture des hommes. Il a repositionné Monsef Zerka, joueur défensif de formation, en buteur, en le faisant monter dans le schéma tactique, en révélant une dimension que personne d'autre n'avait vue. Il a fait éclore des talents que d'autres auraient ignorés. Il a incarné ces valeurs que l'on dit vouloir dans le football et que l'on piétine dès que l'argent pointe son nez.

Premier mandat : de novembre 2002 à juin 2011, avec à son palmarès un titre de champion de Ligue 2 en 2005, la conquête de la Coupe de la Ligue en 2006, deux participations européennes (2006-2007, puis 2008-2009 après une quatrième place de Ligue 1 en 2007-2008). Second mandat : d'octobre 2013 à août 2017, avec un nouveau titre de champion de Ligue 2. Troisième mandat, le plus ingrat : reprendre l'équipe à la 17e place du National en novembre 2023, la sauver, puis la hisser championne de National en 2024-2025, avant d'assurer le maintien en Ligue 2 cette saison, avec peu, trop peu.

638 matchs au total sur le banc nancéien. Une vie entière offerte à ce club. Et en retour ? Le silence des actionnaires.

 

Krishen Sud, ou l'art de tout rater

Il faudrait pouvoir écrire que les actionnaires ont failli. Ce serait trop doux. Krishen Sud et Chien Lee ont fait bien pire : ils ont méthodiquement abîmé un club historique du football français, depuis leurs bureaux américains, sans jamais sembler comprendre (ni vouloir comprendre) ce qu'est réellement le football.

Depuis leur arrivée, le bilan est accablant. Deux descentes consécutives, en National, puis en National 2 (l'ASNL n'ayant été repêchée qu'en raison de l'exclusion de Sedan par la DNCG). Une gestion calamiteuse des ressources humaines. Des réorganisations internes qui ont saigné le club administrativement. Et une stratégie sportive qui relève davantage du tableur Excel que de la passion footballistique.

À tous ceux qui s'agenouillent devant messire Krishen Sud au motif qu'il aurait la bienséance de continuer à alimenter les comptes bancaires de l'ASNL pour passer la DNCG et survivre dans les championnats nationaux : il fait le strict minimum. Tout simplement. On ne félicite pas des parents qui donnent à manger à leurs enfants. C'est normal. Ce n'est pas de la générosité, c'est une obligation minimale d'actionnaire propriétaire. Confondre les deux, c'est exactement le genre d'aveuglement qui permet à des gens comme Krishen Sud de prospérer à peu de frais.

Comment devient-on millionnaire dans le football ? On commence milliardaire. Krishen Sud et Chien Lee semblent avoir pris la question à rebours, cherchant à tirer profit d'un secteur qui n'est pas, qui ne sera jamais, une industrie rentable au sens comptable du terme. Et selon nos informations, Krishen Sud ne souhaiterait pas vendre le club à moins de 100 millions d'euros. Une valorisation qui, au regard de l'état actuel du club et de ses infrastructures, confine au délire, et qui condamne l'ASNL à rester prisonnière d'un propriétaire qui ne l'aime pas, ne la comprend pas, et attend un acheteur fantôme.


L'erreur Bentayeb, symptôme d'un mal profond

L'été dernier en est la démonstration la plus cruelle. La cellule de recrutement, emmenée par Mickaël Chrétien, l'une des rares bonnes décisions de Sud, avec la nomination de Correa et de son adjoint Adrian Sarkisian, avait identifié Tawfik Bentayeb comme la pièce manquante en attaque. Le flair du directeur sportif était juste : Bentayeb termine meilleur buteur de Ligue 2 cette saison et contribue activement à la montée de Troyes en Ligue 1. L'ASNL, elle, a souffert offensivement toute la saison, rattrapée non par le talent mais par le stress du maintien.

En ignorant ce choix et en limitant l'ouverture du portefeuille, les actionnaires ont contraint la cellule à miser sur la quantité médiocre plutôt que sur la qualité payante. Le cumul des salaires des multiples attaquants inefficaces recrutés en remplacement dépasse probablement le coût du buteur dont Chrétien avait flairé la valeur. On ne construit pas une saison sereine avec des regrets, mais avec des paris et de l'ambition financière. À vos portefeuilles, messieurs.

Selon nos informations, au conditionnel, le mercato aurait par ailleurs été soumis à validation par une structure tierce mandatée par Sud, s'appuyant sur la data plutôt que sur l'expertise humaine de la cellule de recrutement. Une couche bureaucratique supplémentaire, imposée de loin, qui aurait ralenti et bridé le travail de terrain de Mickaël Chrétien.


Le vide d'un fauteuil

Il manque à l'ASNL quelque chose d'essentiel depuis le 8 avril 2024 : un président. Le décès de Nicolas Holveck a laissé un vide que personne n'a comblé. Un président, dans un club de football, c'est une voix, un visage, un interlocuteur. C'est quelqu'un qui parle aux joueurs, aux supporters, aux élus locaux. C'est quelqu'un qui aime le club au-delà des bilans comptables.

En l'absence de cette figure, Krishen Sud dirige depuis les États-Unis. À distance, dans tous les sens du terme. Pablo Correa et Mickaël Chrétien ont tenu le club à bout de bras, avec les maigres moyens qu'on leur concédait. Ce n'était pas leur rôle. Mais ils l'ont fait, parce qu'ils aiment ce club. Et c'est précisément parce qu'ils l'aiment qu'ils méritaient mieux.

Selon nos informations, Krishen Sud aurait également envisagé à plusieurs reprises de fermer le centre de formation, aujourd'hui dans un état vétuste préoccupant. Seule la perspective de la revente de joueurs formés au club l'aurait fait hésiter, une décision motivée non par l'amour du projet sportif, mais par le calcul financier.

 

Ce que nous n'accepterons pas

Il y a une limite à ce qu'un supporter peut accepter. Les erreurs de recrutement, on peut les comprendre. La rigueur budgétaire dans un football français en crise, on peut l'entendre. Mais il y a des choses qui relèvent d'une autre nature.

Nous n'accepterons jamais d'être représentés par un homme qui ne regarde le club qu'à travers le prisme du profit. Qui ne connaît pas le football, qui ne l'aime pas, qui ne l'a jamais ressenti. Un homme qui, la saison dernière, s'est permis d'agresser physiquement le mari de Chaynesse Khirouni, présidente du Département de Meurthe-et-Moselle, le frappant d'un coup de poing, avant de faire un décompte. Cela n'est pas une anecdote de vestiaire. C'est la révélation d'un caractère. Et ce caractère-là n'a aucune place à la tête d'un club de football ancré dans une communauté, une ville, une région.

Selon nos informations, un accord oral aurait par ailleurs été passé avec Pablo Correa sur une année supplémentaire de contrat en cas de maintien en Ligue 2, clause qui aurait été discrètement modifiée avant la signature écrite, la rendant caduque via un artifice portant sur l'année de la montée. Si ces éléments se confirment, ils ne feraient qu'achever le portrait d'un dirigeant dont la parole ne vaut rien.

L'AS Nancy Lorraine est un club populaire, enraciné dans une ville et une région. Ses supporters méritent mieux. Ses salariés méritent mieux. Et Pablo Correa, assurément, méritait infiniment mieux.

 

Au revoir, Pablo

Ce samedi soir à Marcel-Picot, les supporters nancéiens sauront faire ce que la direction s'est refusée à faire : honorer un homme d'exception. Les tribunes parleront pour elles. Elles le font toujours mieux que les communiqués.

Pablo Correa repart avec un bilan impeccable et une dignité intacte. Il repart avec l'amour d'un peuple qui sait reconnaître ceux qui lui ont tout donné. Il repart, aussi, avec la certitude que l'histoire lui rendra justice, celle du club, celle des supporters, et peut-être, un jour, celle du football français.

Merci, Pablo. Pour tout. Pour Nancy.


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