
Il y a vingt ans, l'AS Nancy-Lorraine soulevait la Coupe de la Ligue au Stade de France, après avoir battu l'OGC Nice. Une soirée gravée à jamais dans la mémoire collective d'une ville, d'une région, et des hommes qui l'ont vécue de l'intérieur. Vingt ans après, ils nous racontent.
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Quand les joueurs de l'ASNL sortent du tunnel ce soir-là, c'est un mur de rouge et de blanc qui les accueille. Quarante mille supporters nancéiens ont fait le déplacement jusqu'à Saint-Denis. Sébastien Puygrenier, défenseur central titulaire, se souvient encore de l'effet produit par ce spectacle : "Quand on vient en reconnaissance pelouse et que déjà on voit le stade qui se remplit avec tous les Nancéens, c'est juste incroyable." Gennaro Bracigliano, gardien remplaçant ce soir-là et aujourd'hui entraîneur des gardiens du club, garde lui aussi cette image intacte : "J'ai bien gravé dans ma tête ces deux images, ces deux stades coupés d'un côté en blanc et rouge et de l'autre en rouge et noir. C'était vraiment marqué." Adrian Sarkisian, milieu de terrain arrivé en cours de saison, complète le tableau : passer du stade vide de la veille au soir au Stade de France bouillonnant du jour J, c'était, selon lui, "quelque chose de vraiment inoubliable."
Derrière cette épopée, il y a un homme : Pablo Correa. L'entraîneur uruguayen avait pris les rênes du club en 2002, alors que l'ASNL flirtait dangereusement avec la descente en National. En quatre ans, il avait construit quelque chose de rare. Pour préparer la finale, il avait fait le choix d'éloigner son groupe de l'effervescence nancéienne, en s'installant une semaine dans la région parisienne. "Je savais que mon équipe était jeune, inexpérimentée, et que l'effervescence qui créait ça à Nancy dépassait tous les moyens logistiques qu'on avait", explique-t-il. Pour motiver ses joueurs sans les faire basculer dans la fébrilité, il avait eu une idée simple et forte : leur rappeler que quelques années auparavant, les champions du monde s'étaient assis dans ces mêmes vestiaires, avec les mêmes craintes et les mêmes envies. Jonathan Brison, milieu défensif sur le banc ce soir-là, se souvient d'une sérénité collective dans le vestiaire : "À aucun moment, je ne nous ai vu douter."
Ce groupe, tous les témoins le décrivent avec les mêmes mots : une vraie équipe, une bande de potes, des guerriers. "On était soudés, on était des bons joueurs, mais on était des guerriers. On ne lâchait rien", résume Sébastien Puygrenier. Adrian Sarkisian, lui, pointe l'état d'esprit collectif comme la clé du parcours : "Je pense que l'état d'esprit du groupe, c'est la chose la plus importante qu'on a eu cette année-là. De savoir renverser les choses." Une alchimie qui se construisait aussi dans les petits moments du quotidien. Sébastien Puygrenier se souvient de la semaine de mise au vert : "On jouait au ping-pong, on jouait à la pétanque. On ne ressentait pas cette pression."
Le match lui-même est un condensé d'émotions. Nancy ouvre le score, Nice égalise. Puis vient le moment qui aurait pu tout faire basculer : l'expulsion de Sébastien Puygrenier, auteur de deux fautes en moins d'une heure de jeu. "Je suis au bout de ma vie, parce que je culpabilise de laisser mes partenaires à dix", confie-t-il. Seul dans le vestiaire, sans télévision, il entend soudain le Stade de France exploser. Il ne sait pas encore que Kim vient de marquer d'une tête sur un centre de Benjamin Gavanon. "J'entends le bruit du stade mais je ne sais pas qui a marqué. Là, j'ai quand même un soulagement intérieur, mais après, j'ai un stress total, pire que quand j'étais sur le terrain."
Depuis le banc, Jonathan Brison vit ce tournant différemment. Il est justement sur le point d'entrer quand l'expulsion survient. "Au moment où je mets le pied sur le terrain, il y a tout qui s'évanouit. Je suis là pour faire un match de foot." Gennaro Bracigliano, lui, décrit une montée en puissance progressive depuis le banc : "Au fur et à mesure du match, il y a l'excitation qui monte. Parce que là, tu te dis, on va être champions, on va gagner la Coupe de la Ligue."
Quand l'arbitre siffle la fin du match, c'est une déflagration. Pablo Correa part en courant sur la pelouse, les bras en l'air, dans une image devenue iconique. "Il y avait une forme de soulagement, de vraiment jeter tout à l'extérieur par la course", explique-t-il. Jonathan Brison décrit un cerveau qui déconnecte : "On se met à courir un peu dans tous les sens. On tombe sur un copain, on se tombe dans les bras, puis on change d'endroit." Gennaro Bracigliano, lui, pense immédiatement à ce que cette victoire implique : "Je me dis dans ma tête, on est européen, on va être européen." Avant d'aller chercher les siens dans les tribunes.
Le lendemain, le retour à Nancy. La Place Stanislas, noire de monde. Pablo Correa n'avait jamais rien vu de tel : "Quand on dit remplie, c'est rempli, rempli. C'est vraiment là qu'on est dans les partages, parce que c'est là où tout se mélange." Adrian Sarkisian se souvient de la descente du bus derrière la mairie, de ce balcon d'où le groupe découvre la foule : "C'est quelque chose qui s'est formé pendant la saison, pendant les matchs. Le groupe a mérité, mais la ville aussi a mérité ces moments-là." Gennaro Bracigliano complète : "Aucun d'entre nous n'avait jamais vu autant de monde sur la Place Stanislas. Il n'y avait même pas un trou. C'était noir, noir, noir de monde."
Vingt ans après, que reste-t-il de tout ça ? Pour Jonathan Brison, une certitude chevillée au corps : "Quoi qu'il arrive dans ma carrière, j'aurais gagné un titre majeur dans le football français. Je savais que je serais très fier de mon parcours." Pour Adrian Sarkisian, arrivé en cours de saison et propulsé dans cette aventure sans avoir eu le temps de souffler, c'est "la saison la plus marquante" de sa carrière. Pour Pablo Correa, cette Coupe de la Ligue n'est pas un aboutissement, mais une étape : la confirmation qu'un titre s'écrit au présent, et reste gravé à vie dans un palmarès. "La preuve, c'est pour ça qu'on est en train de parler 20 ans après."
Et pour les supporters qui étaient là ce soir-là, Frédéric Biancalani, défenseur central et cadre de cette équipe, a un message simple : "Je leur dirais merci, tout simplement, d'avoir été présents toutes ces différentes années."
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